Le très fameuxouvrage du maire d'Hauteville, GABRIEL LEMESLE:

"Le passé d'unecommune Hauteville sur Mer"

 

 

La première édition du livre de Gabriel LEMESLE paraît en 1923

Une édition moderne est publiée en 1995

Anne-Marie PONTIS achève cet ouvrage en 2003, juste avant de décéder...

La Mairie construite en 1912 sous la responsabilité de Gabriel Lemesle
GabrielLemesle fut le mairede Hauteville-Sur-Mer du 20 mai 1900 au 26 juin 1920. Ilsuccéda à Ludovic Michel D'Annoville et futremplacé par François Tiphaine.

Dès son entrée enfonction, il fut confronté au délicat problèmede la tour servant de clocher à l'église qui selézardait en même temps que la cloche qui rythmait lavie des Hautais était fêlée et doncinutilisable.

Dès le 16 août 189,l'architecte départemental, après visite de la tour,avait conclu à "sa non-solidité" et à lanécessité d'y porter remède à brefdélai.

Une réparation de la tourest d'abord envisagée et la cloche doit être fondue ouremplacée rapidement.

Une délibération duconseil municipal du 9 février 1901 rend compte de lanécessité de procéder à laréparation de la cloche fêlée.

Le 11 juin 1903, un projet dedémolition et de réfection de la tour voit lejour.

 

Les obstacles n'ont pasmanqué pour cette réalisation car dans un premiertemps, la Fabrique de l'Église n'a pas eu l'autorisation dereconstruire un nouveau clocher. Le maire de l'époque n'a doncpas ménagé ses efforts auprès de tous lesinterlocuteurs qu'il a contactés pour mener à biencette tâche. Du conseil général au Ministre del'Intérieur ministre des Cultes en passant par lesous-préfet et le préfet, tout le monde auraété sollicité. Finalement, l'obstination serapayante puisque le clocher neuf sera édifié etdoté d'une cloche neuve...

Gabriel Lemesle feraégalement construire une nouvelle mairie, celle qui est encoreen service aujourd'hui.Mais, vers la fin de son activité demaire, un conflit ouvert avec le curé de l'époque,l'abbé Aristide Levéel empoisonneral'atmosphère. Aussi, c'est dans ces termes quelque peu amersqu'il écrira ses adieux de maire à la populationHautaise:

Hauteville-Sur-Mer,juillet 1919

Avant de me séparer devous, mes Chers Amis, je tiens à vous exprimer ma gratitude età vous remercier de la confiance que vous me témoigniezen 1900 et que, depuis lors, vous m'avez constammentmaintenue.

Né au milieu de vous,d'une famille qui vous était plus ou moins apparentéeà tous, vivant votre vie, ai-je été tropaudacieux en réclamant vos suffrages ? Vous ai-je servis etdéfendus comme je le devais, comme je m'étais promis dele faire ? Vous apprécierez.

Si, dans mes rapports avecvous, il m'est arrivé de montrer quelque vivacité, jevous prierai de m'en excuser. Si j'ai dû répondre nonà vos requêtes, c'est qu'il ne m'était paspossible de les accueillir et de les solutionnerfavorablement.

Grâce à votrebienveillance, à votre appui constant, à la bonnecollaboration de vos autres élus dont plusieurs meréservent un affectueux attachement, grâce aussi auxcollègues défunts (MM. Billard, Gibaut, Le Breton,Leloup, Lemesle, Le peu, Tiphaigne, Hamel, D'Aigremont, etc.), j'aifait peu de choses mais pourtant quelques choses pendant mon passageaux affaires.

Une cloche se fêla, unetour était lézardée : la tour futremplacée, la cloche refondue et renforcée... Que demorts ! hélas ! elle pleura ces dernièresannées.

Une mairie étroiteexistait. Sa réparation était plus onéreusequ'elle ne valait. J'en édifiai une autre.

Après mûresréflexions, j'ai fondé une plage : vous en recueillerezles bénéfices.

 

La loi de séparation desÉglises et de l'État ne m'a pas effrayé. Jelouai le presbytère au desservant 60 francs par an et lebudget communal, pour compensation, comporta 70 francs chaqueannée pour le son des "Angélus".

On vous arépété que ma présence empêcheraitcelle d'un ministre du culte au milieu de vous. - Je pars; - Soyez,si vous l'avez cru, rassurés. Je tiens toutefois à vousdire que l'évêché, refusant à la fabriquel'autorisation de contribuer de ses deniers àl'édification du clocher, préféra qu'elles'engage à rétribuer une première messe sanspréjudice de la grande, chaque dimanche, pendant vingt ans quine sont pas de sitôt révolus.

Puisque nous en sommes auculte, voici quelques chiffres :

la tour, non compris le beffroiet la cloche, a coûté 21 129,62 F

En dehors de ces sommes, depuis1908, la commune a payé :

1°) Pour l'église :379,45 F

2°) Pour lepresbytère : 1 117,33 F

Total : 22 626,40 F

 

Je ne veux pas, mes Chers Amis,faire ici un plaidoyer pro domo. Vous rappeler ce que ma maison fitpour le culte :"les bonnes gens de cinquante ans et au-dessus lediront aux plus jeunes".

J'ai pu relier le bas du sud deHauteville au bas du nord d'Annoville et faire cylindrer plusieurs denos routes.

J'ai obtenu de Montmartinl'ouverture du chemin d'Ourville au Mot.

Et maintenant, après lesémotions de la guerre, les travaux intenses qu'elle procura,après un ravitaillement très difficile où jedonnai tout mon effort pour votre moindre souffrance, lassé,épuisé par une tâche extrêmement lourde, jelaisse à un autre le souci de votre administration quedésormais je n'assumerai pas.

À sa requête, il ya plus d'un an, je promis à M. Le Préfet de la Manchede remplir, jusqu'à la paix, des fonctions dont je ne voulaisplus. La paix est signée et ma promesse tenue.

C'est pourquoi, le 9 juilletdernier, je remis personnellement ma démission de maire et deconseiller municipal à M. Le Préfet.

Il dut accepter lapremière et refusa la seconde me demandant de resterconseiller jusqu'aux prochaines élections : je le serai doncjusque-là.

Le respect et l'autorités'en va. Si l'on n'y remédie, la France victorieuse en mourra.Tout le monde le méconnaît, même ceux qui ledevraient prêcher. Ce n'est pas après nos excellentesrelations de dix-neuf ans et plus que je voudrais, mes Chers Amis,employer avec vous la manière forte. Je pars et je mesoumettrai le premier aux décisions de mon remplaçant,de même qu'à celles de vos élus après laprochaine consultation du suffrage universel.

 

Choisissez-les parmi vous, meschers Hautais.

Qui connaît mieux quevous, vos désirs, vos aspirations, vos besoins. Mais lorsquevous les aurez investis de votre mandat et que vous leur aurezdélégué vos pouvoirs, respectez-les, vousréservant au besoin de les faire rappeler àl'observation des lois et, si vous le jugez bon, de les casser plustard aux gages.

Peut-être d'aucuns, quine sont pas de chez nous, viendront, la bouche prometteuse,solliciter vos suffrages. Donnez-les leur si vous le voulez ; maissouvenez-vous de ma dernière parole :"Méfiez-vous desinconnus, l'intérêt des étrangers ne peut pasêtre le vôtre."

Agréez, mes Chers Amis,la nouvelle assurance de mes meilleurs sentiments.

GABRIELLEMESLE

 

Retourà l'accueil